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lundi 2 février
THE BRIDGE #3 // MICHEL EDELIN QUARTET

THE BRIDGE #3 "THE TURBINE" / GUEST MARC DUCRET


HAMID DRAKE ET RAMON LOPEZ BATTERIES / HARRISON BANKHEAD ET BENJAMIN DUBOC CONTREBASSES / MARC DUCRET GUITARE

 

Les musiques de " jazz " traversent depuis toujours les frontières, stylistiques ou nationales, pour mieux exalter d'affolantes, de " disparates singularités ", et leur puissance de remuement. Pourtant, les projets associant en profondeur musiciens français et musiciens américains ne sont pas si fréquents, faute de moyens, faute de temps, l'industrie de la musique privilégiant les rencontres événementielles sur les relations durables, les fusions isolées sur les mutations communes. Les Français circulent peu sur le sol américain, où ils sont le plus souvent envoyés en "service commandé", sans pouvoir réellement consolider les liens qu'ils y nouent, les Américains sont de récurrents invités d'honneur des clubs et festivals européens, mais ils n'ont guère plus le loisir de reprendre les échanges qu'ils entament sur place. Ainsi est née l'idée de construire un pont transatlantique - The Bridge - qu'emprunteraient régulièrement les uns et les autres, dans un sens et dans l'autre, afin de recréer les conditions d'un authentique partage, à travers l'espace et le temps. À raison de quatre tournées, ou plutôt quatre voyages d'exploration par an, pour des ensembles toujours mixtes.

 

Après les deux concerts de lancement de The Bridge au début de l'année (en février et en clôture du festival Sons d'hiver : Tortoise et ses invités américains et français, en avril à Chicago : le quartet de Fred Jackson, Stéphane Payen, Edward Perraud et Frank Rosaly), et après les deux premières vraies tournées à l'automne dernier, Sons d'hiver s'associe à de nombreux clubs dans toute la France pour accueillir The Turbine !, le projet d'Harrison Bankhead, Hamid Drake, Benjamin Duboc et Ramon Lopez. Deux considérables contrebassistes, deux batteurs considérables, la recrudescence des rythmes.

 

Depuis 1960 et « Free Jazz » d'Ornette Coleman, qui avait redoublé chaque instrument de son quartet, jusqu'à la structure en miroir du Note Factory de Roscoe Mitchell, la démultiplication d'une section rythmique déjà vouée à toutes les croissances et excroissances a connu diverses incarnations. Et si des assemblées de percussionnistes se réunissent depuis la nuit des temps, il y a eu quelques cas d'ensembles de bassistes uniquement. En l'occurrence, pourtant, il s'agit de bien autre chose que du renforcement, ou de l'autonomie, de la " section rythmique ", de jouer ou jongler avec les rythmes, de bien autre chose que de combustion - même si les hommes de la turbine gardent cette puissance par-devers eux.

 

Pour reformuler les choses comme Bankhead, Drake, Duboc et Lopez les laissent entendre, et croître : il s'agit de quatre musiciens créateurs, distinctement, se livrant à une musique totale, (accessoirement) faite sur des contrebasses et des batteries. Ensemble, telluriques ou transparents, les quatre hommes brodent mesures et démesures, nouent alliance sur alliage, remontent tous les temps, sont les maîtres du sentiment de la durée et des permutations, traitent de matières, de mouvements, de vitesses, de flux, de réalités. Sagesse du rythmicien (physicien ?) Drake : « De nos jours, les physiciens eux-mêmes s'aperçoivent de cela : qu'il n'y a pas de nature inhérente. La forme est vide. Si vous regardez n'importe quel objet sous un microscope, vous verrez d'autres choses, d'autres éléments, alors que l'objet paraît doté d'une forme solide. Je suis heureux d'accomplir cette fonction qui donne l'impression qu'un rythme est gardé, dans une situation donnée, profitable aux êtres, quoique je sache que je ne garde rien du tout. Comment le pourrais-je ? Le temps se meut constamment. Et ces mots même que l'on utilise : « garder » le rythme, « garder » le temps ... Illusions. » En pleine conscience des chemins qui s'ouvrent à tout moment à la musique créée dans l'instant, et de l'illusion raisonnée de la régularité ou de la fixité, temps de pause dans le courant continuel des choses et des êtres, les quatre hommes ont convié Marc Ducret, guitariste, curseur et couseur de fulgurances, à partager quelques dates de leur tournée, à commencer par celle de Sons d'hiver, et à tamiser ou à magnétiser leurs échanges collectifs. De l'un à l'autre, tout est en jeu, tout est dans les hautes sphères politiques du jeu, tout pousse et passe, la communication est définitivement établie. Un sens magnifié de l'orientation leur permet de se lancer, de nous lancer, à la découverte de la satiété.

 

 

 

 

 

MICHEL EDELIN QUARTET / GUEST STEVE SWELL


MICHEL EDELIN FLUTE, FLUTE ALTO, FLUTE BASSE / JACQUES DI DONATO CLARINETTE, SAXOPHONE SOPRANO / STEPHANE KERECKI CONTREBASSE / SIMON GOUBERT BATTERIE / STEVE SWELL TROMBONE

 

Ne levez pas les yeux au ciel, vous y êtes déjà. Non qu'il faille revenir sur le renom éthéré de cet instrument à vent formé d'un tube creux percé de plusieurs trous, mais on ne sait jamais, s'agissant de la flûte, qui de l'aquilon ou du zéphyr, de la guifette noire ou du martinet à ventre blanc, l'emporte. Plus vraisemblablement, la sublimation étant ici très sensible, l'oiseau et le vent jouent dans la flûte à échanger leur(s) rôle(s). Tout ce qui peut fuir et revenir aussitôt, se glisser et cette fois-ci emporter, vous emporter, se tient là. Et les flûtistes forment comme une confrérie, depuis la connaissance passionnelle qu'ils développent de leurs prédécesseurs (James " Hermès " Moody, Eric " Hermès " Dolphy, Roland " Hermès " Kirk...), jusqu'aux très créatives solidarités qu'ils s'imaginent régulièrement. Dans le cas de notre homme, Michel Edelin, elles sont nombreuses, puisqu'on le retrouve, ici ou là, au fil de sa carrière, aux côtés de Carlos Bechegas, Chris Hayward, Magic Malik, Dave Valentin, Jérôme Bourdellon, Bénédicte Alexandre-Gil, Sylvaine Hélary... Et de Nicole Mitchell qu'il invita, avec le saxophoniste Steve Lehman, lors d'un précédent passage à Sons d'hiver. Qui oserait déplorer qu'autant de langues se délient et puissent nous parler à travers un instrument frissonnant, joué au comble de sa légèreté et de ses effets de neige ?

 

Homme des compagnonnages, donc, Michel Edelin revient, fait résurgence, cette fois-ci, avec un quartet ressurgi d'un proche passé : Jacques Di Donato à la clarinette et au saxophone soprano, Stéphane Kérecki à la contrebasse, Simon Goubert à la batterie. Et pour invité spécial à Sons d'hiver, le tromboniste new-yorkais Steve Swell, que l'on a entendu avec Ellery Eskelin, William Parker ou Rob Mazurek : « Steve Swell a attiré mon attention par le son, explique Edelin, la précision de son jeu, son imagination créatrice et surtout par une approche de la musique - une forêt de sons ancrés par les racines-roots mais dont les ramures caressent des nuages sans cesse renouvelés - qui m'a immédiatement " parlé ". »

 

Non seulement le quartet augmenté interprétera pour l'occasion un nouveau répertoire, tiré d'un disque récemment paru chez Rogue Art, mais le flûtiste a prévu quelques " allume-feu ", selon son expression, destinés à orienter leurs improvisations. Et à continuer de répondre aux questions que soulève incessamment la confrérie des flûtistes, chez tous ses partenaires, chez tous ses auditoires : comment, et pourquoi, la dimension décidément aérienne de l'instrument confine-t-elle à des notions touchant à la vivacité, à la volatilité, à la limpidité, et à la grâce ? Vues d'aussi haut, quelles autres profondeurs révèle-t-il, quelles amplitudes et quelles harmonies bouleverse-t-il ? Est-il enfin possible de n'en faire qu'à sa fantaisie ? Discrètement, obstinément, décisivement, depuis toujours et depuis Triode, Michel Edelin creuse ainsi un céleste sillon. Les choses terrestres ont toujours été dans l'air. Et réciproquement.

 

 

EN CONCERT LE 6 FEVRIER A CACHAN, EN SAVOIR PLUS ICI.

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