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4/02/15
ÉLEVES ETUDIANTS DE L'EDIM

Pendant la durée du festival, ce blog accueillera les critiques et analyses de concerts rédigées par des élèves de fin d'études de l'Ecole de Musique Edim.

COMPTE-RENDUS (3) - concert du 1er février au Théâtre de la Cité Internationale

The Bridge #7 / "Never Mind the Bollocks, here's the Sex Pistols" Sarah Murcia/Caroline + Mark Tompkins + Benoit Delbecq

 

The Bridge #7
Quintet composé de musiciens de Chicago et de Paris, The Bridge nous emmène dans un véritable voyage slam-free jazz. Une ambiance se tisse à partir de rien, des harmoniques éparses du contrebassiste, des cuivres (trombone/sax) qui tâtonnent se cherchent et se trouvent, et le « human beat boxing » de Magik Malik, qui ne se contentera pas de cela puisque qu'il fera au moins trois choses en même temps pendant tout le concert (chants ‘traditionnels' de contrées inventées, battement des mains en polyrythmie avec le reste, flûte traversière !)
Le slam commence et la musique se développe autour. Il est question d'une femme fantasmée que l'on désire et cherche à séduire, puis cette femme se change en mère, en mère nourricière, malmenée, trompée, qui appelle ses enfants dans la tourmente, dans des univers sonores en perpétuelle évolution, et l'on comprend que c'est peut-être de notre planète dont il s'agit...
On est dans un univers musical mais aussi spirituel donc, qui n'est pas sans rappeler celui de Steve Coleman.
Musicalement, c'est impressionnant, ces gars-là savent tout faire. Le tromboniste passe à la batterie et c'est de la drum & bass haletante. Puis, il se retrouve au piano et l'on se croirait dans un concert de musique contemporaine. Le contrebassiste utilise toutes les possibilités sonores de son pauvre instrument qu'il malmène. Archet, cordes frottées à la main et pincées jusqu'à risquer de les arracher, ça couine, grince, claque. Pendant ce temps la « pachamama » continue d'appeler ses enfants dans le chaos, et sa voix voyage dans les quatres coins de la salle. « Mama's caaaaalllllliiiiiing »....


Sarah Murcia "Nevermind the Bollocks here's the Sex Pistols"
Soyons clairs, c'est pour ce concert que je suis venu. Fan de jazz mais aussi de (certains groupes de) ‘punk' et amateur de mélanges musicaux, comment ne pas être intrigué par l'idée saugrenue et on ne peut plus audacieuse d'un combo de jazz qui s'attaquerait à l'unique album des Pistols, ce groupe dont certains membres savaient à peine jouer, haïssaient toute musique comportant plus de 3 accords et qui avait pourtant bouleversé (dynamité ?) le paysage des musiques actuelles pour des décennies ? Comment s'attaquer à un répertoire aussi brut quand on est étiqueté ‘jazz', et comment ne pas en trahir l'essence ?
Suspense, d'autant que le ‘teaser' sonore, encore écoutable (ici) sur le site du Théâtre de la Cité m'avait fait sourire deux secondes puis profondément irrité : un ‘Anarchy in the UK' gentillet, si ‘délicieusement décalé' dans sa version voix/contrebasse, il aurait pu être chanté par Carla Bruni (oups...). Ne connaissant pas Sarah Murcia, j'espérais qu'il s'agisse d'un artifice pour brouiller encore plus les pistes et dieu merci, j'avais raison !!
L'exercice de funambulisme est exécuté brillamment. Le concert s'ouvre avec une intro minimaliste, une ponctuation d'une seule note répétée, c'est primaire et tendu comme du Einstuerzende Neubauten des débuts, puis ça explose en « Holidays in the Sun » premier morceau de l'album, tellement fidèle à l'original qu'on s'y croirait, bien que Sarah Murcia, petite brune pimpante au rouge à lèvre couleur cerise n'a vraiment rien d'un Sid Vicious. Le refrain arrive et l'on plonge tête la première dans un autre univers : lent, éthéré, hypnotique qui rappele Mazzy Star ou Elysian Fields avec lesquels Sarah a joué. Puis, c'est le retour au punk !
Par certains côtés, Sarah Murcia est très fidèle aux compositions originales, ce qui les rend très facilement identifiable.
Les paroles sont interprétées entièrement pour chaque morceau et le faux accent cockney de l'américain Mark Tompkins qui en chante la plupart est bien plus clair que celui de Johnny Rotten. Contrairement à ce dernier il ne les vomit pas, et même si elles sont empreintes d'une certaine rage, elle est suffisamment rentrée pour permettre de les (re)découvrir : délicieusement sales, méchantes et pas si bêtes au final, elles tirent sur tout ce qui bouge, toujours outrancières, anti-système (pour utiliser une expression en vogue) et souvent hilarantes.
Pourtant au niveau musical, Sarah Murcia parvient à se réapproprier les compositions en les intégrant dans un autre univers. Souvent la ligne mélodique originale est conservée, mais plongée dans un univers musical très hétéroclite, entre jazz contemporain, rock et punk et d'autres choses encore.
« No Feelings » l'anti-chanson d'amour, fait presque penser à une comédie musicale romantique de Broadway avec son piano grandiloquent.
Bodies, qui évoque l'avortement, est revisité en punk futuriste et inquiétant, à la guitare totalement saturée d'effets de filtres
Pretty vacant possède une basse hyptonique et un refrain presque country halluciné, sorte de cauchemard lynchien. Submission est à la fois menaçant et groovy et pointe vers Fugazy.
Fugazy, Einstuerzende Neubauteun cité plus haut : l'intérêt des éléments rock de ce concert est qu'il évoque des groupes et de styles (post punk, indus, new wave post rock) descendant directement des Pistols et qui n'auraient jamais vu le jour sans eux. Quel meilleur hommage à ces garnements mal embouchés ?
Coté jazz, puisque c'est sensé en être tout de même, Liar est totalement foutraque et free, évoquant John Zorn ou Jim Black. Sarah Murcia, qui a tout orchestré, montre qu'elle est de surcroit une contrebassiste accomplie avec une superbe intro sur Problems, avant un solo guitare/batterie impressionnant et rugueux qui évoque Marc Ribot. La batterie est subtile, Frank Vaillant arrive à rentrer des mesures impaires improbables à l'intérieur des formes simples des morceaux originaux quand il ne tape pas sur des... radiographies médicales... sur Bodies.
Free Jazz débridé, rock brut et expérimental et un certain sens de la dérision et de la provocation, l'esprit du punk était là ce soir. Et comme le dit Sarah de sa voix menue à la fin de "Anarchy in the UK" (pas si mal au final) :


« Get pissed, destroy ! »


Guillaume Burkhardt - 38 ans - contrebassiste . Elève en formation professionnelle à l'EDIM depuis 2 années

 

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The Bridge #7 ou la profusion linguistique.

Dialogue et décalage entre 5 musiciens, deux villes - Chicago et Paris - pour combien d'idées déclamées ?
Lorsque Chicago appelle sa mère dans tous les recoins du théâtre, Paris fait la belle en lui répondant par des à-coups bruitistes dans un rythme presque frénétique.
On entre tout doucement dans chaque tableau, parfois ça fuse, ça se répète, ça déclenche des pulsions, on a envie de dire "stop!" et puis la voix reprend son flot, je ne comprends rien à l'anglais, mais les mots sonnent comme des chewing-gum tout frais mâchés.
On sent dans les articulations et les interactions que chacun vient "sonner" l'autre. Magic Malik s'en va d'un coup, comme un petit animal, frapper la cymbale de Tyshawn Sorey. Ce dernier est en train de jouer du trombone debout derrière la batterie.
Maintenant c'est au tour de Tyshawn d'aller au piano après que Magic s'y soit installé, ils commencent alors un duo piano-« flûte enchantée » ; c'est le moment le plus tendu de toute l'improvisation collective, un règlement de compte ?
Accrochés chacun à leurs idées, ils sont à contre-sens, c'est peut-être aussi ça l'impro.
Parfois on ne se comprend pas, on veut juste dire ce qu'on a dans le ventre, c'est tout.

 

 

Sarah Murcia and Co

Ambiance Sex Pistols ok, mais une certaine froideur se dégage dans l'ensemble.
Mark Tompkins en invité m'avait mis la puce à l'oreille - l'ayant vu à deux reprises dans une parodie de comédies musicale/TV Show et dans un vaudeville américain - , j'avais alors en tête l'idée d'un mélange de son univers de show man, avec l'univers des Sex Pistols et d'un jazz psychédélique.
C'est finalement un "beau" concert, tous vêtus de noir, les fins sont propres, les jeux de lumières m'aident à pénétrer dans la folie douce, et quand le pianiste Benoit Delbecq se lâche enfin, c'est un régal !
Les contrastes osés entre l'univers rock'n roll (guitare à effet, batterie à fond, sax en mode free) et pop "mignonne" (contrebasse voix) donnent de la couleur mais finissent par me lasser.
Petit sourire en coin lorsque Benoit Delbecq se met à gratter sur ses cordes de piano en donnant la sensation qu'il accompagne comme un guitariste de pop !
Dommage que ça ne transpire pas plus dans le jeu autant que dans la salle du théâtre !

 

 

Athina Boe - 24 ans -chanteuse pianiste. Elève en formation professionnelle depuis 2 ans

 

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